Un enfant prodige

  

CD] Compositeur
Mandala
Un disque pionnier dans la redécouverte de Gabriel Pierné
par Michel Tibbaut (21/09/2006)
Gabriel Pierné (1863-1937) : Ramuntcho, ouverture sur des thèmes populaires basques ; Concertstück pour harpe et orchestre ; Cydalise et le Chèvre-pied, suite d’orchestre n°1. Lily Laskine, harpe. Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, direction : Jean-Baptiste Mari. 1 CD Mandala. MNE 5016. ADD. Enregistré en 1961. Notices bilingues (français-anglais) excellentes (Jean Hamon). Durée : 51’01’’.

     Vous souvenez-vous, chers mélomanes d’un âge déjà certain, de Teppaz, ce fabricant lyonnais d’électrophones qui ont bercé, voire enchanté, nos jeunes années, à l’époque nostalgique du « yé-yé » ? Si oui, peut-être vous rappellerez-vous que Teppaz produisait également des microsillons dont le catalogue classique, sous le titre « Collection Concert », avait précisément cette originalité et nouveauté à l’époque de présenter en chacun de ses disques une véritable programmation de concert : une ouverture, une œuvre concertante et une page symphonique. Évidemment, pas question dans ce cas d’enregistrer des œuvres imposantes qui auraient occupées tout le disque à elles seules, telle qu’un Concerto de Beethoven ou de Brahms, ou une Symphonie du même Brahms ou de Tchaïkovski ! Non, les œuvres proposées étaient des partitions relativement courtes et souvent populaires, telles que le Concerto pour trompette de Haydn, le Concerto pour hautbois de Cimarosa, la Symphonie n°1 de Beethoven ou la Symphonie en ut de Bizet. Parmi tous ces enregistrements de pages aimées du public et accomplis par l’ingénieur du son Robert Prudon, un disque se distinguait : celui consacré à Gabriel Pierné, capté en 1961, et il y a fort à parier que Jean-Baptiste Mari, le chef d’orchestre de la série « Collection Concert », y était pour beaucoup dans le choix du compositeur messin.    Même après son contrat avec Teppaz, Jean-Baptiste Mari a toujours été un ardent défenseur de la musique de Pierné, puisque parmi Sylvia et Coppélia de Delibes il a également enregistré les deux suites de Cydalise et le Chèvre-pied chez EMI. Toutefois le disque Teppaz a valeur d’enregistrement pionnier qui a véritablement refait connaître Gabriel Pierné aux nouvelles générations, et permis à d’autres chefs de s’intéresser par après à ce compositeur : André Cluytens a gravé le Concertstück pour harpe avec la complicité d’Annie Challan (octobre 1964, EMI CZS 5682202), tandis qu’en 1970 Jean Martinon à l’ORTF a réalisé pour Erato (3984 27493 2) un programme presque semblable à celui de Teppaz, avec également le Concertstück pour harpe toujours joué par Lily Laskine et la Suite n°1 de Cydalise, mais dans une interprétation et une prise de son qui nous semblent moins réussies que celles associées à Jean-Baptiste Mari. La suite, nous la connaissons : Pierné fut aussi réhabilité par Pierre Dervaux et son Orchestre Philharmonique des Pays de Loire, avec les Paysages franciscains, Les Cathédrales (Prélude), Images et Viennoise (1991, EMI 7639502), et l’apothéose fut cet enregistrement exceptionnel et exemplaire du ballet intégral Cydalise et le Chèvre-pied par le regretté David Shallon et l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg (2000, Timpani 1C1059).

     Robert Prudon qui préside aux destinées du label Mandala nous confie : « Jean-Baptiste Mari était un chef remarquable et près de 50 ans plus tard, je ne m’explique toujours pas pourquoi il a été aussi peu médiatisé... » Le problème est que ce chef français d’Algérie, originaire de Palestro où il naquit le 20 janvier 1912, avait un trac fou en public, alors que les musiciens de l’orchestre où il était passé de tuba solo à la direction, proclamaient : « Avec lui, chaque répétition est comme un concert. » Et Münch de lui dire également : « Mais qu’est-ce que tu as à t’enfermer dans une fosse d’orchestre ? Ta place est sur l’estrade ! » Le trac eut toutefois raison de Jean-Baptiste Mari en mettant fin à sa carrière en public. Néanmoins il fut sollicité et convaincu par Pierre Arvay, compositeur et directeur artistique des disques Teppaz, d’être le chef d’orchestre de la série « Concert » pour laquelle, rassuré par le travail en studio et l’absence de public, il réalisa des gravures maintenant légendaires. Aussi manifestons toute notre gratitude à Robert Prudon qui a su préserver ces enregistrements inestimables d’un très grand chef d’orchestre, et qui font partie dorénavant de notre patrimoine le plus précieux.

Article lu sur le site de Resmusica, un quotidien de la musique classique
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