Palestro les pieds dans l'eau

 

 

1923  L'Algérie ne manque pas d’eau
Sous ce titre, notre confrère La Kabylie Française publie, sous la signature de M. Le Manint, un article que nous croyons devoir reproduire. Des précisions sur l'économie de ce projet présenteraient un grand Intérêt

Si l'auteur veut bien les formuler, vos colonnes lui sont ouvertes. 

Non, l'Algérie ne manque pas d'eau, ni pour l'irrigation de ses terres, ni pour l'alimentation de ses habitants, ni pour la production de toute l'énergie nécessaire à son industrie.
Mais il faut savoir prendre cette eau où elle se trouve, et la distribuer dans les milieux qui la réclament et selon les besoins qu'ils présentent. C'est là tout le problème.
De ce problème, M. Steeg en a saisi l'importance capitale, puisqu'il le place en tête du programme qu'il s'est tracé, pour la mise en valeur de nos richesses naturelles et notre développement économique.
Soucieux d'apporter notre modeste concours à cette oeuvre d'intérêt général et de prospérité commune, nous tenons à fournir aujourd'hui quelques indications principales, sur un projet de barrage à Palestro, projet dont l'étude pourrait être faite très rapidement et l'exécution entreprise à bref délai.
Nous aurons suffisamment souligné la valeur de son économie, en affirmant qu'elle répond largement à l'irrigation de cinquante mille hectares, dans la vallée des Issers de la plaine de la Mitidja, et à la constitution d'une force de quarante mille chevaux, à tous usages agricoles, commerciaux et industriels ; sans parler de l'abondante et très économique alimentation en eau potable d'Alger et de son hinterland, par le jeu de la simple gravité.
La dépense totale de l'ouvrage ne s'élèverait pas à plus de 125 millions environ; aux cours actuels du matériau et de l’argent. Elle serait facilement et promptement amortie, procurant par la suite des recettes considérables.
Le barrage proprement dit serait construit dans les gorges même de Palestro, à une quinzaine de kilomètres de cette localité, en un point où le col se resserre et étrangle sur 10 mètres à peine. Il s'élèverait à 165 mètres de hauteur, et se développerait, dans l'écartement des flancs sur une largeur de 250 mètres. L'épaisseur de ce bloc serait de 180 mètres à sa base atteignant le joli volume de 800,000 mètres cubes de maçonnerie.
Cette lourde, muraille emmagasinerait les eaux d'un bassin de.400,000 hectares, circonscrits dans un périmètre passant par  Bouïra, Aumale, Berrouaghia,, le Bou-Zigzag et Palestro, pour rejoindre au Nord la de la chaîne du Djurdjura. Le lac de 6,000 hectares qu'elle formerait, sur une longueur de 25 kilomètres (et donc 2.4 kms de large), demanderait quatre ans pour faire son plein, atteignant alors sa capacité totale de cinq milliards de mètres cubes d'eau, fournissant un débit annuel approximatif de. 1,200 millions, soit 30 mètres à la seconde, avec une hauteur de chute moyenne, de 100 mètres.

On voit toutes les applications utiles et fécondes qu'on peut tirer du fonctionnement d'un tel réservoir, dont la source intarissable s'alimente elle-même dans les nuages du «ciel » et n'est, par cela même - que plus réelle... contrairement à tant de vaines chimères, et de pompeuses rhétoriques logées à la même enseigne.

Notons en passant, ne pouvant tracer aujourd'hui qu'un rapide schéma de l'oeuvre parfaitement réalisable : les irrigations du sol et l'alimentation des populations, l’électrification des chemins de fer, tramways, et tous autres éléments de transports, l'installation de nombreuses usines distribuant l'éclairage et la force motrice en tous les centres de l'activité urbaine et jusque dans les plus modestes foyers de la production rurale...
Les données de ce projet d'un barrage des gorges de Palestro n'ont pas encore fait l'objet de nombreux et volumineux rapports, destinés à dormir dans les chemises que l'on confie d'ordinaire aux nécropoles des Cartons-Verts.
Elles nous sont exposées par un technicien désintéressé, capable de les soutenir et de les développer auprès des Pouvoirs chargés de gérer la chose publique. Nous nous contentons de les soumettre, toutes fraîches, à l'attention de ces Pouvoirs exécutifs, ainsi qu'aux cinquante parlementaires qui débarquent demain, pour effectuer en Algérie un sérieux voyage d'études.
Et nous ajoutons que bon nombre de projets, de plus faible ou de plus forte importance, peuvent jaillir un peu partout, presque d'eux-mêmes, et se réaliser sans lourds impôts ni emprunts à longue haleine, quand on le voudra, c'est-à-dire quand on saura laisser le champ libre aux producteurs,- aux vrais travailleurs, directement intéressés à leur exécution.

LE MANINT.