Inauguration monument Bassetti

Conseil municipal d’Alger du 18 juin 1897

Subventions et secours. — Translation des cendres des victimes du massacre de Palestro en 1871.
— Vote d'une subvention de 300 francs.

M. Par...t, adjoint, donne lecture de ce rapport:
Messieurs,
Dans votre séance du 4 Juin courant, vous avez décidé le renvoi à la Commission des finances, pour la fixation du chiffre à allouer, la demande de subvention formée par notre collègue M. Broussais, à titre de participation aux dépenses que nécessitera la cérémonie de translation des cendres des victimes de l'insurrection de Palestro, sous le monument construit à cet effet, dans celte localité.
Depuis cette époque, la Municipalité a reçu, à la date du 12 du même mois, la demande ci-après de M. le Maire de Palestro.
« Ainsi que vous avez pu le lire dans les journaux du 7 courant, un comité d'initiative, présidé par M. Emile Broussais, conseiller général de la circonscription, s'est formé pour organiser une cérémonie officielle a l'occasion de la translation des cendres des victimes de l'insurrection de 1871, sous le monument de Palestro.
En ma qualité de Président d'honneur et au nom du comité d'initiative, je vous prie, mon cher collègue, de vouloir bien demander à votre Conseil Municipal de voter un crédit, si faible qu'il soit, à titre de participation dans les dépenses qu'entraînera celle cérémonie, qui est fixée au 27 courant.
Veuillez, agréer, etc... »
La cérémonie devant avoir lieu le 27 Juin prochain, Il y a lieu de statuer immédiatement sur cette question et la Municipalité propose de voler un crédit de trois cents francs, qui sera inscrit au budget supplémentaire de l'exercice courant.
Avis conforme de la Commission d'administration et finances.
M. Charpentier, 1" adjoint, est certain que le Conseil sera unanime à voter ce crédit en manière de témoignage de sympathie à nos vaillants colons.
La Ville manifestera ainsi toute la part qu'elle prend à une cérémonie organisée en vue de rendre un hommage public à ces nobles victimes, et qui rappellera aussi les cruelles épreuves endurées par nos colons.
M. ViaB propose de déléguer à la solennité deux membres du Conseil municipal.
M. Broussals dit qu'il désirerait que le Conseil municipal d'Alger tout entier voulût bien se rendre à la cérémonie, et il déclare qu'en sa qualité de Président du Comité d'initiative, il serait très heureux de voir la Ville d'Alger représentée dans la plus large mesure.
M. Charpentier, 1*' adjoint, profite de la circonstance pour adresser à son collègue M. Broussais, tous les remerciements de l'Assemblée en raison de l'aimable invitation dont les Conseillers municipaux sont l'objet et que deux membres de la municipalité se rendront à Palestro pour représenter la Ville d'Alger.
A la suite de cet échange d'observations, le Conseil, à l’unanimité, adopte les conclusions du rapport.

Inauguration du monument le 27 juin 1897 

extrait du journal :  du 04/07/1897

 A Palestro

L'Imposante cérémonie de la translation des ossements des victimes de l'insurrection de 1871 qui a en lieu dimanche dernier avait attiré dans cette localité une très grand nombre de personnes venues des environs.
Sous un « vélum » tendu dans la gare, le maire, les administrateurs et M. Broussais, président du comité d'initiative de l'inauguration du monument attendent, ainsi qu'une foule énorme, l'arrivée des autorités de la Capitale.
La gendarmerie à pied venue d'Alger, assiste le service d'ordre sur le quai, dehors la gendarmerie à cheval contient ltes curieux.
M. Micoud, maire de Palestro reçoit à la sortie de la gare le gouverneur et les autorités. Il prononce quelques mots de bienvenue, quatre ou cinq filles toutes vêtues de blanc offrent des bouquets à M. Cambon ainsi qu'au général Varloud, la Musique de Bouïra joue l'Hymne Nationale.
Le cortège se met ensuite en route. Sur tout le parcours, garni de poteaux remplis de drapeaux tricolores Un nombreux public, beaucoup d'indigènes.
Quand le cortège arrive sur la place une salve de 21 coups de canon est tirée.
On aperçoit le monument portant la date du massacre commis sur 54 français le 20 avril 1871 et les noms de ces 54 martyrs de la France.
Le monument est surmonté de la statue d'un colon héroïque qui, au moment du massacre, tomba comme les autres victimes des sauvages, fanatiques
Il est là, dans la positon d’un franc-tireur croisant la baïonnette, un voile noir le recouvre. Au pied du monument un cercueil avec des lampadaires. Les restes des malheureux colons sont renfermés sous cette lugubre draperie. Sur la gauche, à quelques mètres est placée une estrade..
Là devant toute l’assistance, Mr Broussais prononce un discours qui est l'historique exact des faits. Il décrit les préliminaires du drame épouvantable qui devait ensanglanter Palestro.
M.Cambon lui succède sur l'estrade. Après avoir rendu hommage à la noble pensée qui a voulu aujourd'hui réunir les restes des morts de Palestro sous ce monument et honorer leur mémoire; M. Cambon termine ainsi : Ceux qui ont succombé ici il y a 26 ans sont tombés pour la France, elle honore leur mort héroïque qui a ajouté à la gloire de ses armes sur la terre d'Afrique la gloire du sacrifice. 
Un troisième orateur, M.Saint-Martin officier en retraite, rappelle qu'il a été le premier administrateur de la commune mixte de Palestro au lendemain de l'épouvantable massacré. Tout était en ruines, Palestro était en cendres. Il félicite les survivants du massacre ou les fils des victimes d'avoir créé sur ce néant un centre des plus prospères.
M. Tedeschi, ancien maire de Tlemcen, avoué à Alger a, au nom de la société «LaCorse » salué d'un dernier adieu les restes de ses trois compatriotes, les trois gendarmes qui ont combattu à Palestro; il a oublié, un instant qu'il ne devait pas être question d'Auvergnats, de Marseillais, de Corses ou d'Algériens, mais de « tous les Français !»
Cette partialité, faite en pareille circonstance, a produit sur l’assistance une très mauvaise impression.
Le vicaire général Cornu qui officiait à cette cérémonie mi-partie religieuse a cru bon de dire quelques mots.
L'absoute a été donnée ensuite.

Puis a eu lieu le défilé des troupes; les gendarmes à pied, peloton du génie, une compagnie des 1ers zouaves, les gendarmes à cheval pendant qu'une deuxième salve de 21 coups de canton clôturait la cérémonie.
Sur la place où des tentes avaient été dressées un banquet de 230 couverts réunissait les invités.
Au dessert, des allocutions ont été prononcées par MM. Cambon, Auger, capitaine du génie, venu à Palestro le 15 avril 1871 et qui fait un historique complet des faits ; Piquemal, administrateur, Basseti, fils de l'ancien maire assassiné;
Des médailles du mérite agricole ont été remises à MM. Micoud, maire de Palestro, et Malleval.
La décoration du Nicham Iftikar a été remise à un indigène..
L'après-midi la musique des zouaves a joué sur la place aux applaudissements des assistants.

Extrait du quotidien parisien "Le Temps" du 29 juin 1897

               

autre compte rendu de cette cérémonie