Notre cimetière

Remonter
Au nom du père
Répertoire des décès
Insulte aux morts et aux vivants
Transfert de nos morts à Bouira
Et les cyprès sont partis ! 


 

Si pour nous les hommes, les choses de la vie ne vont pas aussi mal qu'elles pourraient aller, nous en sommes en partie redevables à ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans ces tombes délaissées à travers le monde.
Il faut avoir vécu l'histoire de la colonie française, le déchirement de la guerre d'indépendance, il faut avoir été charrié comme un radeau qui heurte les écueils émergeant de l’oued en colère, pour savoir que l’histoire ne s’écrit pas en quelques jours, ni même en quelques années. On ne sait jamais ce qu’il y a au bout du chemin tant que l’on n’y est pas parvenu.

Je croyais nos morts en paix, au milieu des cyprès, au-dessus de l’oued Isser, face à Tessala, je les croyais là pour la vie éternelle !

Honte à ceux qui ont profané ce lieu, honte à ceux qui aujourd'hui veulent l'effacer, les hommes et l'histoire s'en souviendront.

Les morts sont comme ces récifs que même l’eau doit contourner, ils balisent notre vie pour nous dire d’où on vient et trouver où aller, on n'avance qu'avec les souvenirs, on construit l'avenir avec la mémoire du passé.

Si les affronts du temps et quelquefois des hommes ne respectent pas toujours ces lieux où tant de morts reposent dans le monde entier, ne pouvons-nous pas, n’est-il pas de notre devoir, de se souvenir de ces hommes, de ces pionniers qui contribuèrent à l'édification de ce beau pays et qu’une trace rappelle à nos enfants leur passage sur cette terre que nous aimons tant.
Il n'y a pas de victoire à combattre des morts.

Nous ne pourrons plus jamais retrouver leur dernière demeure, mais ils habiteront  toujours nos cœurs et nos âmes.
Cette nouvelle mort montre qu'ils étaient dignes de vivre, elle est le commencement de leur immortalité.
Nos enfants se souviendront que la mort n'est que pour les médiocres.
"
Le disparu si l'on vénère sa mémoire est plus présent et plus puissant que le vivant " (Antoine de Saint Exupéry).

Je pense à Alilo le plus jeune de mes amis de ce village il doit être bien grand maintenant, je pense aussi  à Jules mon dernier petit-fils qui va avoir trois mois, ils auraient pu grandir ensemble, connaître les mêmes écoles, partager les mêmes joies, tout comme nous les avons connus avant qu'un fanatisme aveugle n'engloutisse notre avenir.
Je   leur dirai que l’on ne retrouve nulle part ailleurs une deuxième jeunesse, je leur dirai que je me souviens comme d’hier, quand je passais par là, certains soirs d’été à l’ombre des cyprès, au bras de ma grand-mère et qu’après avoir dit une prière et déposé une fleur au pied de la croix, comme pour dire à nos anciens qu’on ne les oubliait pas, nous contemplions le coucher du soleil au dessus de Bouderbala, avant de descendre par un petit chemin prendre un verre de petit-lait frais à la papeterie.

   Où sont ces hommes qui reposaient là après une vie laborieuse bien remplie ?
L’un a pris leurs murs, l’autre leurs charrues, leurs tombes ont disparu,
dans ce cimetière vide et sans âme rien ne sait plus leur nom, pas même une vieille pierre  
et l’écho ne répond qu’une rengaine de « Mesquine ».