Communiqués de presse

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Inauguration du monument à la mémoire de Dominico Bassetti originaire de Lasino

http://images2.corriereobjects.it/includes2013/images/firme/schede/gian-antonio-stella.gif?v=/includes2013/images/firme/schede/gian-antonio-stella par GIAN ANTONIO STELLA

L'HISTOIRE

Bassetti et les martyrs d'Algérie renouent avec la statue du massacre

Pour reconstruire le monument italien qui rappelle le massacre du Trentin en 1871: il n’y avait seulement qu’une photo 

"Oh, spectacle horrible! Le village détruit, pillé et brûlé des maisons, et quarante-six cadavres éparpillés ici et là .... " Cent quarante-quatre ans après le massacre de 'Nico' : Domenico Bassetti et d'autres Italiens, tués en 1871 à Palestro, en Algérie, dans ce qui était l'une des tragédies les plus sanglantes de notre émigration, ont finalement trouvé une place dans la mémoire (faible) de notre pays. La statue dédiée là-bas par les Français aux "Enfants de Palestro", détruit plus tard, retrouve vie. Il ne restait plus, de ce monument à la douleur de nos grands-parents, qu’une vieille photo aux couleurs passées. Mais précisément à partir de cette image et d’un gros bloc de pierre blanche de Vicence (chef-lieu de la province du même nom en Vénétie) le sculpteur Enrico Pasquale l’a reconstituée : Nico, sa chemise déchirée et l'air courageux, tient sa dernière baïonnette de défense alors qu’une jeune femme et un enfant s’accrochent à ses jambes. 

Le monument, présenté demain au "Marmomacc» (exposition internationale pour l’industrie, la conception et la technologies de la pierre à Vérone), sera remis au village de Lasino, dans la vallée de Sarca  (rivière qui alimente le lac de Garde) d’où sont partis nos grands-parents, est le résultat du patronage de Silvio Xompero et Franco Masello le «patron» de Margraf, l'une des sociétés les plus anciennes et les plus célèbres de marbre précieux de la planète. Qu'il suffise de dire que le siècle dernier, Margraf a signé le palais de la place de l'Opéra de Vienne, le Ritz Carlton à Singapour, l'édifice de Coca-Cola à Atlanta et le Métropolitain à New York. Qui est Masello ?  Tous ceux qui ont été touchés par la douleur savent, qu’avec la générosité d'amis entrepreneurs, ils ont donné à Padoue et à l'État : l'oncologie pédiatrique clinique "City of Hope" (Le 8 juin 2012 a ouvert à Padoue la dernière grande œuvre : l'Institut de recherche pédiatrique de la ville de Hope, qui, avec ses 17500 m², est le plus grand centre de recherche sur les maladies de la leucémie de l'enfance en Europe).  Faire face à la douleur de nos grands-parents  émigrés après celle de nos enfants, c’était naturel pour lui.

Domenico Bassetti était un irrédentiste (mouvement de revendication italien) Qui ont fui en 1859 le Trentin autrichien à l'époque, pour combattre dans la Seconde Guerre d'Indépendance. L’armistice signé, incapable de rentrer à la maison parce qu'il serait arrêté, il s’est enrôlé dans la Légion étrangère pour terminer en Algérie dont il est tombé amoureux. Quelques années plus tard il a convaincu un groupe de familles du Trentin, comme dirait Renzo Grosselli dans Émigration de Trentino, à rejoindre d'autres familles italiennes, françaises, espagnoles, dans une vallée au pied de l'Atlas, entre Alger et Constantine, sur le bord Ouest de la Kabylie. Un lieu qui leur rappelait quelque sorte leur village natal. 

Achetez-vous un bon prix, 546 hectares de terres, les colons appelèrent le village Palestro, du nom de la bataille du Risorgimento, et choisirent comme maire le même Bassetti et comme a témoigné Giobatta dans Trentini en 1892, "ils construisirent leurs maisons sur le même système et de la même manière que dans le Trentin» avec « au milieu une magnifique église administrée par un curé italien * » Ce semblait être, en dépit d’une certaine tension sur les propriétés, une insertion pacifique. Les relations avec les Berbères en fait, dit Louis Rinn en Histoire de l'insurrection de 1871 en Algérie, étaient bonnes. Les seuls désaccords, dit l'historien français, étaient pour le marché hebdomadaire. Le « notre » dérangeant celui des  « autres ».

Tout s’est précipité en Mars 1871, lorsque les rebelles dirigés par Mohammed el-Hadj el-Moqrani, sous l’idéologie de ​​la fraternité islamique Rahmaniya, ont déclenché la révolte en attaquant les villages des pieds-noirs. Le curé de Lasino a déclaré un mois après les événements sur la Voix catholique, expliquant qu'il tenait les nouvelles du Journal le Messager Alger et un villageois qui avait miraculeusement survécu : « Tous ces villages étaient déjà sur le qui-vive, en particulier à Palestro où, pendant plus d'un mois et demi, ils avaient dû monter la garde chaque nuit, en raison du danger d'être attaqués ». 
Tout d’abord, elle se concentrait sur le village de Bodavò, puis à Igisier. Puis Bassetti, alarmé, a confié sa femme Virginia Solvini Ursula et leurs deux filles à Peter Chiste (on pense qu'il était son beau-frère) pour les amener à Alger et lui a demandé de donner l'alarme pour que les Français envoient immédiatement une expédition de sauvetage. Puis il se prépara à résister à l'affrontement. 

Les rebelles descendent dans Palestro le premier jour du printemps. Les colons étaient réfugiés dans le presbytère et la maison des ponts et chaussées, a écrit deux semaines après le journal « The Common Sense » repris par la voix catholique, « les hommes valides étaient bien armés et dans le presbytère, dans l'autre maison étaient des femmes, des enfants et quelques hommes ». Ils ont combattu pendant toute une journée, tuant un grand nombre d'Arabes. Vers le soir, ils sont venus leur faire des propositions pour la capitulation. Ils ont offert de les conduire tous à Alma, abandonnant armes et munitions à deux kilomètres du village. Ces propositions ont été faites verbalement et immédiatement acceptées par les assiégés, à leur tête : la gendarmerie et le maire Bassetti .... "

Peut-être que les chefs de la révolte respecteraient vraiment ce pacte.  Mais les trois cents insurgés qui avaient envahi Palestro étaient rejoints par de nouveaux fanatiques sanguinaires: « Une porte tombe, tout est envahi et l'abattage commence ». Les malheureux trahis ont combattu jusqu'à la fin. Bassetti, homme énergique et d'une force herculéenne, a tué cinq attaquants avec son poignard; un policier en a tué trois. Mais finalement ils ont succombé au nombre, et sont tombés les uns après les autres. Alors commença une scène horrible. Les victimes étaient dépouillées, les cadavres profanés et à ceux qui étaient encore en vie ont été infligées mille tortures avant de les tuer.  L'autre maison, où se trouvaient dix hommes et trente femmes et enfants, poursuit le récit, avait subi un siège d'une nuit et deux jours sans eau ni nourriture. Ils étaient toujours sous le feu des Arabes qui avaient subis des pertes mais n’avaient pas battu en retraite. Ils avaient mis le feu à la maison et finalement ils  se sont rendus et ont été fait prisonniers. On ne sait pas précisément par quel miracle, ils n’ont pas subi le même sort que les autres .Tous captivés. Disparus. 

L'expédition de secours du colonel Alexandre Fourchault, comme l'a rappelé Renzo Gubert, Aldo Gorfer et Umberto Beccaluva dans émigration Trentini, est venu « après une marche sans  interruption difficile, sept heures trop tard ». Le village de Palestro avait été détruit: «Il n'a pas été possible de reconnaître la plupart des victimes, inconnaissables du fait des blessures subies et des mutilations ... » Ils ont disparu de la mémoire, Nico Bassetti et tous nos autres grands-parents emportés par la vague de violence. 

La cérémonie d'installation de la statue dans le village d'où ils sont partis, la cérémonie à laquelle le maire Eugenio Simonetti et les résidents de Lasino rêvent, qui sait, Sergio Mattarella aussi, seront l'occasion, un siècle et demi plus tard, d'avoir enfin une pierre à pleurer. 

*  Sur l’état civil au CAOM, le curé du village ne serait pas italien : Mouginot Charles Eugène né le 21/02/1826 à Versailles (S&O) fait partie des victimes de cette insurrection 
 

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Article de l’Adige du 01 décembre 2015

Lasino : Controverse de Gian Antonio Stella

Inauguration de la statue de Bassetti  « La politique locale malheureusement absente »

LASINO Dominico Bassetti retour à la vie, en marbre, 144 ans après la boucherie de 63 « Trentini » (Habitants du Trentin-Haut-Adige ou Trentin-Tyrol du Sud, région autonome d'Italie septentrionale) partis chercher meilleur destin. Ils avaient fuis la terre des Habsbourg dans les années 1860, avec le désir de travailler et vivre dans la dignité. Le nom de Dominique Bassetti, comme celui de plusieurs dizaines de compagnons migrants, apparait dans le registre des naissances de la paroisse de Lasino.

La statue représente « Nico » avec un fusil, dans une vaine tentative pour défendre un enfant et une femme, avant de succomber.

C’était en 1867, combattant bénévole piémontais de la seconde guerre d’indépendance, dans la bataille infernale de Palestro ( le 31 mai 1859 eu lieu la bataille de Palestro qui opposait les Autrichiens aux Piémontais) , Bassetti fonda au sud-est d’Alger, en plein cœur de la Kabylie, le village des « Trentini » baptisé Palestro, aujourd’hui Lakhdaria. Les « Trentini » voulurent cultiver le « Nosiola » (raisin italien), transférer leurs métiers et construire leur maison dans le style de leur terre, mais l’insurrection berbère du 21 avril 1871 provoqua le carnage (morts de leurs blessures, était écrit).

Le fait a été révélé il y a quelques temps par l’envoyé du « Courrier du Soir » Gian Antonio Stella qui mis en marche son ardeur à creuser dans la vie de l’émigrant dans la « belle et chaude Algérie », trop longtemps resté dans l’oubli. Bassetti n’a pas été un colonisateur en quoi que ce soit, il est allé en Algérie pour travailler et cultiver la terre, dit l’éditorialiste, pointant les lacunes absurdes des principales autorités du Trentin, à redécouvrir cet évènement. Sans la générosité de Franco Masello (PDG de Margraf, sponsor de l’opération) et l’initiative privée, aujourd’hui ce monument ne serait pas, parce que la politique l’a oublié.

La sculpture de cette « figure simple, difficile et courageux » réalisée par Mr Franco Panizza, porte la signature de Vicentino Enrico Pasquale présent à la cérémonie aux côtés de l’historien Renzo Maria Grosselli et du maire de Chiampo : Matteo Macilotti et de Palestro dans la Lomellina (Palestro est une commune italienne de la province de Pavie en Lombardie située dans la Lomellina) à travers Paola Fernandez. Pour Eugenio Simonetti, maire de Lasino, c’est un rêve qui se réalise. Il y avait aussi les parents les plus proches de Bassetti « héros national français » : Elena, Pierina et Alfonso.

P.Z.
 

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COMUNICATO STAMPA

INAUGURAZIONE MONUMENTO E PARCO PUBBLICO DEDICATI A DOMENICO BASSETTI – LASINO, 29 NOVEMBRE 2015

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

INAUGURATION DU MONUMENT ET DU PARC PUBLIC DÉDIÉ A DOMINICO BASSETTI

Lasino le 29 novembre 2015

Dimanche 29 novembre 2015 à 10H30 sera ouvert dans Lasino, le parc et le monument dédié à Dominico Bassetti qui dans la moitié du 19ème quitta une petite ville de la vallée de Cavedine (Cavedine est une commune italienne d'environ 2 800 habitants située dans la province autonome de Trente dans la région du Trentin-Haut-Adige dans le nord-est de l'Italie), pour aller chercher fortune en Algérie et fonda avec d’autres familles  d’immigrants du Trentin, la ville de Palestro, maintenant Lakhdaria (une ville à 50 km d’Alger dans la province de Bouira

Le 22 avril 1871 le village de Palestro a été attaqué par un groupe de rebelles Kabyles qui massacra les paysans italiens, français et espagnols et asservis femmes et enfants. Après la boucherie, la révolte matée, la France dédia un monument à l’irrédentiste de Lasino, Domenico Bassetti, qui avait donné naissance au village, l’appelant du nom de la bataille de Palestro à laquelle il avait participé. La statue représente Nico dans une tentative de dernière défense tandis que deux enfants terrifiés se cramponnent à ses jambes.

A la mémoire de tout cela, le journaliste Gian Antonio Stella a souvent traité de l’histoire de Bassetti.  Par amitié avec une entreprise de Chiampo (Chiampo est une commune italienne de la province de Vicence dans la région Vénétie en Italie), Margraf, qui s’occupe de la transformation du marbre, est née l’idée de reconstruire cette statue en reconnaissance des actes de Domonico Bassetti. La statue fut ensuite donnée par le fabricant à la ville de Lasino qui a décidé de la placer à l’entrée du parc public qui portera le même nom Bassetti.

Une grande fête sera célébrée dimanche 29 novembre 2015, présidée par Renzo Maria Grosselli avec l’aide précieuse du journaliste Gian Antonio Stella. Ce sera un moment pour se rappeler de ces familles de Lasino parties chercher fortune et donner un meilleur avenir à leurs enfants et qui, à la place, n’ont trouvé  que la douleur et la mort et aussi pour se rappeler de tous les émigrants d’hier et d’aujourd’hui  qui sont forcés de quitter leurs terres pour des raisons politiques ou religieuses. Un thème bien d’actualité.

Les médias sont cordialement invités.

 

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DISCORSO INTRODUTTIVO

Discours d’introduction (Par Mr Simonetti maire de Lasino) :

Nous devons la réunion de ce matin à certaines personnes qui vont bientôt nous parler d’honneur : un artiste et les gestionnaires d’une entreprise qui ont réalisé cette œuvre d’art qui représente en quelque sorte une reconstruction historique et avec eux un journaliste et écrivain de réputation nationale qui est avec nous : Gian Antonio Stella, chroniqueur au Corriere della Sera.

Plusieurs fois notre cher ami, au cours des dernières années a écrit dans son journal sur cet évènement historique qui concerne de près Lasino, ses habitants et son histoire de l’émigration et même dans les livres d’histoire qu’il a divulgués. Jusqu’à la dernière  « Orda, quand les immigrants c’étaient nous » réédité et remaniée un volume de grand succès il y a quelques années.

L’histoire, la plupart d’entre nous le savent, est celle d’un homme et d’un village construit en Algérie à la fin des années 60 du 19ème siècle, au temps de la colonisation française. Dominico  Bassetti de Lasino né le 20 janvier 1828, premier nom enregistré cette année-là, sur le registre des naissances de notre paroisse. Il avait combattu dans les rangs des Franco-Piémontais dans la deuxième guerre d’indépendance italienne. Ayant participé à la bataille de Palestro, et à la colonisation de la Kabylie, ce village fut baptisé Palestro dont il en est devenu maire pour ainsi-dire.

Autour des parcelles de terres distribuées par les Français, mêmes aux agriculteurs du Trentin. C’était à 80 kilomètres d’Alger et aujourd’hui cette ville s’appelle Lakhdaria. Quelques dizaines de colons du Trentin de Lasino (et aussi un Chistè, beau-frère de Bassetti) de la vallée di Non du Piémont, vivaient côte à côte avec français, espagnols, suisses.

En 1871 une révolte de kabyles assiégea Palestro et massacra ses habitants. Bassetti réussit à faire évacuer quelques femmes et enfants  loin du village, mais lui comme 63 autres hommes sont morts les armes à la main.

Les journaux francophones ont rapporté sa mort « en héros » et plus tard au même endroit a été érigé un monument dont on conserva une photo qui représentait Bassetti, un fusil à la main défendant son peuple.

Plus tard, ce monument a été détruit par les nationalistes algériens.

Cette image de l’émigrant Trentin a certainement intéressé et interpelé Gian Antonio Stella qui a rappelé et approfondi cette histoire. Jusqu’à ce que naisse l’idée du « retour à la maison ».

De l’amitié de Stella avec Franco Masello et les frères Xompero, administrateur délégué et membres de la société Margraf, une référence mondiale dans le marbre et l’habileté d’un grand sculpteur Enrico Pasquale, ce rêve a pu être réalisé.

C’est pourquoi nous sommes ici aujourd’hui, pour inaugurer ce monument et en même temps le parc  communal où il sera installé et consacrés à Domenico Bassetti. L’œuvre d’Enrico Pasquale, qui vous pourrez voir dans quelques minutes est inspirée par le monument de Palestro mais va au-delà, par la beauté du marbre italien et la sagesse du grand sculpteur.

Comme maire de Lasino et toute ma communauté, pensons que ce monument, cette œuvre, représentent non seulement une fierté pour Lasino mais un hommage et un rappel vivace d’une des pages les plus difficiles et épique et même glorieux du Trentin, de l’Italie et de Lasino : l’hitoire séculaire de l’émigration de notre peuple, 27 millions de personnes ont quittées l’Italie et des centaines de milliers le petit Trentin du 13ème siècle jusqu’à 1970. C’était hier.

 

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La vita dei morti è riposta nel ricordo dei vivi.

(Cicerone)

  

Le 22 avril 1871 le village de Palestro non loin d’Alger, fondé par un groupe d’immigrés du Trentin a été attaqué par un groupe de paysans qui a massacré italiens, français et espagnols et asservis femmes et enfants. Après le massacre, la révolte stoppée, la France dédie à Dominico Bassetti, un irrédentiste de Lasino dans la province du Trente, qui avait donné naissance au village le baptisant du nom de la bataille à laquelle il avait participé dans le Risorgimento, un monument sur lequel  Nico apparaissait en position de dernière défense, un enfant et une femme terrifiés, accrochés à ses jambes. De ce monument qui a été détruit il ne restait plus qu’une vieille photo aux couleurs passées. Plusieurs décennies plus tard, grâce à la technologie, l’expertise et la générosité de Margraf, la statue de cette tragédie reprend vie. Le souvenir du deuil de notre émigration reviendra au pays Trentin d’où nos grands-parents sont partis. 

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Les héros oubliés du Palestro algérien

Dans la nouvelle édition RIZZOLI “l’ORDA”  de Gian Antonio Stella, un chapitre peu connu de l'histoire de nos compatriotes à l'étranger

En 1871, les habitants d'un village entier furent massacrés par une confrérie musulmane

 « Après une dure marche de sept heures, sans interruption, la rivière Faudouch, je suis arrivé avec ma colonne à Palestro. Oh, terrible vue ! Le village détruit, les maisons pillées et brulées et 46 cadavres disséminés ici et là en dehors du village, tous des hommes dans la fleur de l'âge, aucune femme et aucun enfant et on ne connait pas encore leur sort, il semble pour le moment qu’ils aient été fait prisonniers et conduit à l'esclavage où ils ne peuvent s'attendre qu’à un avenir lugubre ».   Oh, terrible vue! Juste une exclamation de douleur et d'horreur, inhabituelle et humaine, dans un rapport militaire, donnant l'idée de ce que le Colonel Fourchault trouve dans l'après-midi du 23 avril 1871 en entrant dans ce qui avait été le village fondé par un groupe d'immigrés italiens à 77 kilomètres d'Alger sur la route de Constantine, en Algérie. « Il était impossible de reconnaître la plupart des victimes, méconnaissables du fait de leurs blessures et des mutilations », poursuit le rapport du commandant de l'expédition de secours, désespéré et futile. « Il croit, cependant,  reconnaitre le curé et un capitaine qui sont morts dans le presbytère.

Les morts furent enterré ensemble dans une tombe près de l'église ".

Tout a commencé le 30 septembre 1859 à Palestro, dans la campagne, quand les forces piémontaises et les Français avaient battu les autrichiens. Selon un fichier apparenté, c’était alors un jeune homme nommé Dominico « Nico » Bassetti. venant de Lasino, un pauvre village de la Valle de Sarca, du Tyrol italien appartenant alors aux Autrichiens. Un dur à cuire. A la fin de la seconde guerre d'indépendance il décide de rejoindre la Légion étrangère pour terminer en Algérie, où il épousa une berbera * avec laquelle, suivant Renzo Grosselli dans « l'émigration du Trentin », il a eu deux filles. Il était épris de l'Algérie, il avait été informé de la possibilité d'avoir du gouvernement à Paris, une bonne terre bon marché, il avait convaincu plusieurs familles de villageois, surtout du Val di Non voisin, mais aussi de Lasino, à se déplacer vers l'Afrique. L'endroit choisi était habité par les berbères que « Nico » avait connu justement à Palestro, où, avec les Français s'étaient précisément battus les "Zouaves", appellation française des troupes du nom arabe "Zwawa" a indiqué la tribu Kabyle de « Igauauen. » Acheter 273 mille perchoirs (546 hectares) de terres, les « Trentini » s’est installé avec d’autres groupes d’Italiens (plus quelques Espagnols, Suisses et Français) pour un total de 56 familles, sur la rivière Isser à la périphérie ouest de la Kabylie, aux contreforts de l'Atlas qui rappelle en quelque sorte les vallées natives. Ici, dira des années plus tard Giobatta dans un manuscrit de 1892, ils avaient travaillé et construit leurs maisons sur le même système et de la même manière qu’au Trentin, avec au milieu une magnifique église, administrée par un curé italien. Étant donné la forme du village, il fut officiellement inauguré le 18 novembre 1867 du nom de la bataille de Risorgimento, où cela a commencé : Palestro. Un nom qui même aujourd'hui, après si longtemps, est utilisé par les gens du pays même, au lieu du nom arabe actuel : Lakhdaria. Ainsi que le nom ils avaient aussi choisi comme maire : Domenico Bassetti.

Le tournant s'est produit lorsque, sous la direction de Mohammed el-Hadj el-Mokrani, un chef tribal dans la région de Constantine, certains groupes de rebelles qui s'appuyaient sur une confrérie musulmane « Rahmaniya »,  incendièrent la Kabylie au printemps de 1871 en tentant une révolte contre la France et en répandant la mort dans les villages des « pied-noir ». Le curé de Lasino sur la voix catholique, un mois après les faits, expliquait qu'il avait des nouvelles du 2 mai par le Journal «  Le Messager d’Alger » et d’un compatriote qui avait miraculeusement survécu et renvoyé dans le pays : « tous les villages étaient déjà en état d'alerte et surtout à Palestro, où, pendant plus d'un mois et demi ils avaient monté la garde tous les soirs en raison du danger d'être agressées par les arabes ». Les premières nouvelles de l'approche des rebelles étaient arrivés dans l'après-midi du 18 avril du maire de « Bodavò », environ une quarantaine de kilomètres. Puis ce fut au tour du village de Igisier, par l'épée et le feu. Au point que Bassetti préoccupé, confia sa femme et ses filles à Pierre Chisté  pour les emmener à Alger en lui demandant de sonner l’alarme et de se préparer pour le pire. Ils se réfugièrent dans le presbytère et dans la maison des « Ponts et Chaussées ». Les hommes valides et armés étaient dans le presbytère, les femmes et les enfants et quelques hommes étaient dans l’autre maison a écrit le 4 mars le journal « Il Buonsenso » repris par « La voie catholique » Ils se sont battus pendant une journée entière, tuant un grand nombre d'arabes. Le soir, les rebelles ont fait des propositions de capitulation. Ils leur ont proposé de se rendre tous à Alma en déposant les armes et les munitions à deux kilomètres du village. Ces propositions faites par voie orale ont été immédiatement acceptées par les assiégés, à leur tête : la gendarmerie et le maire Bassetti ». « Une porte a été ouverte et ensuite ils ont été envahi et l'abattage a commencé. Trahis les malheureux se sont battus jusqu'à la fin. Bassetti, homme énergique, avec une force herculéenne a tué cinq assaillants avec son poignard ; un gendarme en tua trois. Mais en fin de compte ils succombèrent au nombre et tombèrent l’un après l’autre. Alors commença une scène horrible. Les victimes ont été dépouillées, les cadavres ont été profanés et à ceux qui étaient encore en vie, un millier de tortures ont été infligées, avant de les tuer. L'autre maison, où ils y avaient dix hommes et 30 femmes et enfants, a subi un siège pendant une nuit et deux jours sans eau ni nourriture. Le feu durait toujours, les arabes avaient eu des pertes mais ne s'étaient pas retirés. Finalement, ces prisonniers du feu de la maison se rendirent. Personne ne sait exactement par quel miracle ils n’ont pas subi le même sort que les autres. Il est supposé que le Caïd des Bani Kalfaun les a sauvés pour obtenir un meilleur traitement par les Français. Tous captivés et disparus. Quand le Colonel Fourchault et sa Division de cavalerie arrivèrent le lendemain, écrit le moniteur d'Alger, repris à son tour par « Giobatta Trentini » sur son manuscrit et réédité quelques années par Renzo Gubert, Aldo Gorfer et Umberto Beccaluva dans « Emigration du Tyrol », ils ne trouvèrent autour du village qu'un seul être vivant et c'était un Kabyle avec l’intention de piller. « Les soldats lui ont instantanément donné la punition méritée ». De la petite colonie d'immigrants italiens et de leur tragédie, aujourd'hui, il ne reste rien. Domenico Bassetti a été honoré du titre de « Héros National », par le gouvernement parisien avec l'érection d'un monument à Palestro, démoli après l'indépendance de l'Algérie pour construire une mosquée. Nous avons une photo, « Nico », l’air intrépide et chemise déchirée, tenant la baïonnette dans la position d’ultime défense, deux enfants terrifiés s'accrochent à ses jambes. LE SAGE Un peu classique contre le racisme qui pénètre maintenant les écoles. La tragédie des Trentains massacrés à Palestro (que nous publions ici) est l'un des récits qui enrichissent la nouvelle édition dans :   « l’Orda, quand nous étions albanais » de Gian Antonio Stella. Un essai qui après le succès, 9 éditions, cent mille exemplaires vendus, un populaire site dédié à la xénophobie anti-italien, une ornementation de représentations théâtrales par différentes sociétés, publié aujourd'hui dans une version bon marché et scolaire (BUR, 9 €, 314 pages). Entre les mises à jour, un chapitre sur la haine contre « macaroni » l'antifascisme masqué, une série de statistiques montrant comment l'Italie pauvre et violente a abandonné nos grands-parents et de nouveaux documents montrant que le vrai patriotisme n'est pas neutre, mais plutôt que : Nous sommes partis à certains moments, à cause de la faim, à contre-pied, et pourtant nous avons réussi à gagner le respect, la gratitude, l'affection même dans les pays où nous avons été accueillis avec hostilité. Argument avancé par l'auteur dans sa représentation théâtrale : (l’Orda : les histoires, les images et les sons des émigrants) nés du livre et traduits en Italie, à l'aide d'une collection de photographies extraordinaires, avec le « Compagnia delle Acque » par Gualtiero Bertelli, qui a fait un CD avec les plus belles chansons d'émigration.

Stella Gian AntonioPage 35
(25 settembre 2003) - Corriere della Sera

bullet Sur l’état civil des décès de Palestro, l’épouse de Dominique Bassetti est : SOLDINI Virginie Ursule Annita

 

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Trentin 30 novembre 2015

Monument et parc pour le héros de Lasino « Dominico Bassetti »

Inauguration hier matin de l’ouvrage qui a été réalisé grâce au financement de certains entrepreneurs privés.

Autonomie            Sens de la repartie entre Stella (journaliste)  et Panizza  (Secrétaire du Parti autonomiste trentin et tyrolien, Franco Panizza est élu sénateur dans le collège uninominal de Trente, en coalition avec le Parti démocrate et la Südtiroler Volkspartei, le 25 février 2013)

 

Lasino. En marge de la solennité de l’événement pointé un peu comme polémique. Gian Antonio Stella, connu pour ses positions critiques contre le riche autonome  Trentin, a souligné dans son discours l’apparition d’italianité dans l’attitude de Dominico Bassetti (une page sur la figure liberal/renouveau italien, dans le Trentin, cela serait certainement approfondie), qui n’a pas échappé au sénateur Panizza, qui dans une seconde intervention, a remarqué la valeur de l’autonomie du Trentin (et de Schutzen) comme un modèle très apprécié par les responsables politiques nationaux et considérée comme une terre de cohabitation pour les nouveaux immigrants.

Un chaud soleil d’hiver accompagnait en fin de matinée l’inauguration du monument de marbre de l’émigrant Domenico Bassetti (Nico) de Lasino, qui en 1867 l’avait quitté avec sa famille et d’autres, pour fonder en Algérie à  une cinquantaine de kilomètres d’Alger, la colonie de Palestro, en mémoire de la victorieuse bataille remporté par les franco-piémontais lors de la 2ème guerre d’indépendance. C’est pourquoi Dominico Bassetti était un libéral de sentiment pro-italien. L’histoire de l’émigrant Trentin et de 62 autres hommes colons de Palestro finit malheureusement en massacre, suite à l’incursion de certaines tribus indigènes Kabyles, qui détruisirent et tuèrent les défenseurs, et firent prisonniers les femmes et les enfants.

C’est un monument à la douleur, comme souligné par le journaliste Gan Antonio Stella (chroniqueur au Corriere della Sera), qui est le véritable auteur de l’initiative, passionné par cette triste histoire  et réalisé par les responsables de l’entreprise « Margraf » de Chiampo » (Chiampo est une commune italienne de la province de Vicence dans la région Vénétie en Italie) pour la construction de la précieuse statue de marbre, œuvre du sculpteur Enrico Paquale. En fait Domenico Bassetti est représenté comme un héros avec un fusil à la main pour défendre son peuple venu sur le sol africain, chercher le rêve  d’une paix sociale et libertaire, (la statue est la copie de celle qui avait été réalisée à Alger par les Français et qui a été détruite en 1962 avec l’indépendance algérienne).

Pour les honneurs en plus, la Banda di Calvino et pour essayer de réchauffer un peu l’atmosphère rigide, le maire Eugenio Simonetti et de nombreuses autorités locales civiles et militaires et particulièrement apprécié la présence du maire de Palestro avec bannière (Palestro est une commune italienne de la province de Pavie en Lombardie), le maire de Chiampo : Matteo Macilotti, et surtout Franco Masello et les membres de la firme Margraf, non seulement parce qu’elle a fait don de la statue à la commune de Lasino mais aussi pour leur leçon, c’est-à-dire des entrepreneurs qui semblent  sortir des sentiers traditionnels pour laisser place à la solidarité (parmi les autres bailleurs de fonds de la « Ville de l’espoir » dans le pavillon de Padoue pour les enfants atteints de leucémie).

Dans une société dominée par la généralisation allant à l’indifférence, nous devons redécouvrir la « valeur du héros » (en ce sens Domenico Bassetti la représente). Cela se traduit dans la pratique quotidienne de chacun d’entre nous, alors il est nécessaire de faire quelque chose de positif pour reconstruire un monde qui nous détruit. L’acte héroïque n’appartient à aucun clocher mais doit être évalué par ce qui est fait par un homme.

C’est aussi une petite dramatisation créée par la lecture des lettres de Mauro Neri. (Trento 1950, journaliste et écrivain italien. Il consacre l’essentiel de son œuvre littéraire au monde de l’enfance et de l’adolescence, il a écrit plus de 200 livres y compris de nombreux contes de fées, des histoires et des romans)

Puis suit la bénédiction du monument par Luigi Benedetti, le prêtre de la paroisse, dans le parc appelé lui aussi du nom du héros de Lasino.

Mariano Bosetti                                        

Photo : Le retrait du voile couvrant le monument, par des descendants de Bassetti 

 

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